La ville: Urban Architecture and Public Space  

 

Sao Paulo Bresil 1960 Rene BURRI

 

Le projet comme instrument

L’architecture est une discipline qui emprunte à l’ensemble des connaissances et expériences de la société, en vue de constituer son propre réservoir de savoirs et de méthodes et de s’instituer ainsi en tant que champ autonome de pensée et de pratique. Si sa finalité se traduit notamment par la production d’artefacts qui actent le passage de nature à culture, son champ d’application va cependant bien au-delà de cette dimension pragmatique et réifiante. L’assise théorique constitue son socle premier, à partir duquel s’établit la production des idées touchant à notre environnement. Cette caractéristique originale et duale entre théorie et pratique est à la fois à l’origine de sa force et le témoin simultanément de sa fragilité. Elle requiert néanmoins la conscience et la défense de sa nécessité.
Le projet est le modus operandi de l’architecture. C’est un appareil de synthèse dont la logique interne et sa critique s’élaborent simultanément, sans que celles-ci représentent toutefois une finalité en soi.
Le projet est considéré comme instrument de lecture, de connaissance, d’interprétation et de transformation, le dessin et la maquette comme un outil de pensée, d’analyse, de conception, de mesure et d’écriture.
Il est fondamental dans le cadre d’un enseignement qui permet le questionnement systématique du problème posé; sa représentation est essentielle pour élaborer et orienter les solutions aux différents enjeux énoncés et confronter les échelles spatiales.

L’exercice de conception engage le développement d’une pensée qui engage à un processus de produc¬tion de sens au sein même de la discipline: établir un énoncé, le formaliser, le mettre en perspective : qu’est-ce que l’on codifie, comment, quelle filiation, quelle transformation?

 




Un point de vue construit


En considérant que tout projet est un point de vue construit dont les modalités et les enjeux sont l’objet même des pro¬blématiques qui doivent être développées à la fois sous l’aspect théorique et opératoire, il est attendu de l’étudiant qu’il développe une capacité d’acquisition de connaissances et de développement d’une pensée critique méthodologique. L’étudiant du cycle Master sera évalué sur sa maîtrise des archétypes architecturaux et urbains qui sont du domaine de la non-invention. Il doit être en mesure de faire usage de précédents afin de s’inscrire dans une culture architecturale et urbaine, et simultanément de la convoquer pour poser les jalons d’une réflexion tournée vers le futur.
Les sites d’expérimentation sont choisis selon leur capacité à questionner le présent à travers l’existence de situa¬tions urbaines en mutation, fragmentaires ou inabouties. Ces situations engagent l’étudiant à comprendre l’origine des formes qu’il observe, à opérer des choix, de sélectionner une démarche. L’enseignant et l’étudiant élaborent ensemble des questionnements sur les stratégies spatiales urbaines où sont traitées les questions du legs historique, de la conti¬nuité et de la rupture, de l’unicité et du fragment, des usages et des pratiques.
Selon le principe de réalité, les sites sont tous insérés dans des cadres institutionnels existants, des réflexions en cours menées par des collectivités, seuls capables d’éviter l’enfermement dans une démarche artistique privée sans prise avec des questions sociétales.

 


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Le processus de conception


La conception d’un projet est un processus itératif où un ensemble de données, d’enjeux, de notions, de nécessi¬tés et de choix se trouvent à s’ordonner dans un processus qui contribue à réduire une réalité complexe à son essence afin de mieux la représenter.
En simplifiant, on peut dire que ce principe de réduction dicte le point de vue à partir duquel le projet va être appréhendé dont il s’agira ensuite de formaliser l’énoncé pour en développer le contenu, la cohérence et la lisibilité.
S’appuyer sur ce principe de réduction permet de mettre en évidence un ensemble d’interactions qui sont à l’oeuvre dans la dynamique d’un projet:
- La définition de la structure des fondements d’un territoire : le statut du sol, le bâti, le paysage, les réseaux, les traces historiques, sociales et culturelles qui régissent la spécificité d’un site, et ce à travers une analyse critique, interprétative et orientée.
- Les relations entre les architectures, entre les espaces formels et informels, ainsi que l’adéquation des formes urbaines entre elles. Les questions d’ordre typologique et morphologique qui en découlent doivent être appréhendées simultanément.
- La question de la matérialité, la question structurelle, les mesures des éléments de programme, les usages induits et finalement, la capacité des espaces à donner du sens et de l’émotion.
 

Nicolas Pham, professeur HES, janvier 2017



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