BÂTIMENT « MONDE »

Transformation du siège de l'OMS (Jean Tschumi, 1966)

JMA-GE TRAVAIL DE MASTER SP 2026

L’instabilité géopolitique contemporaine et les mutations profondes du multilatéralisme
invite aujourd’hui à questionner la pérennité et le rôle territorial des institutions
internationales à Genève. Entre coupes budgétaires et vagues de licenciements
massifs, certains édifices se voient désormais pratiquement désertés par les milliers de
travailleurs qui les occupaient à l’origine. Historiquement sanctuarisé, hyper-spécialisé
et spatialement cloisonné, le Quartier des Nations souffre d’un déficit marqué en
services de proximité et génère une véritable rupture avec le tissu urbain environnant.
Face à l’avenir incertain de ces mégastructures de bureaux — menacées par le spectre
de délocalisations de secteurs administratifs entiers —, la réversibilité de ce patrimoine
bâti s’impose désormais comme un enjeu crucial de résilience et de développement
territorial.

Ce projet pose l’hypothèse d’une réappropriation légitime de ces enclaves
institutionnelles au profit de la Ville. Il s’agit de bousculer la rigidité programmatique de
la Genève internationale à travers la création d’un « Bâtiment-Monde » : un dispositif
architectural capable de métamorphoser cet édifice, autrefois hermétique, en un
morceau de ville hybride, poreux, partagé entre la cité, le quartier et ses résidents, et
restitué au bien commun.

Le choix du siège de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), chef-d’oeuvre
moderniste aux dimensions monumentales de Jean Tschumi — développant un volume
de 150 mètres de long sur 22 mètres de large pour une hauteur de 45 mètres (R+8) —,
s’impose comme le laboratoire idéal de cette transition. Occupant une position
géographique hautement stratégique sur la colline de Pregny, le site o􀆯re une
opportunité majeure de désenclavement et de reconnexion territoriale. L’intervention
s’inscrit pleinement au coeur des dynamiques d’aménagement genevoises actuelles, en
se plaçant en articulation directe avec le futur axe de mobilité douce actuellement en
développement dans le quartier des Nations : la Cour des Nobels.

Sensible à l’expression architecturale d’origine, le projet préserve rigoureusement la
peau extérieure et l’ADN patrimonial du chef-d’oeuvre de Tschumi. La façade légère en
aluminium est conservée, tandis qu’une nouvelle enveloppe thermique est glissée en
retrait. Ce creusement dégage des loggias collectives et des balcons filants au profit des
habitants, conciliant la rénovation énergétique de l’édifice avec la protection de ses
valeurs patrimoniales.

Cette continuité urbaine, assurée tant en plan qu’en coupe, repose sur une conception
fluide et ouverte des espaces intérieurs pensés comme des espaces urbains en
extensions de la rue, mais elle repose également sur deux dispositifs majeurs de
connexions verticales. Le premier constitue la « colonne vertébrale » du bâtiment : une
grande diagonale intérieure d’espaces en double hauteur percée dans les dalles de
Tschumi. Ce vide habité est parcouru par un grand escalier continu qui prolonge
l’espace public du sol jusqu’au ciel, tant physiquement que spatialement. Le second
dispositif est l’escalier de transition latéral : un parcours extérieur qui assure les liaisons
douces entre les différents niveaux du socle et les flux piétons du périmètre.

En s’appuyant sur l’intelligence constructive d’origine, le siège de l’OMS — qui avait pour
vocation initiale d’être tourné vers le monde — conserve sa raison d’être tout en
tournant désormais son regard vers la ville et ses habitants, prouvant qu’un grand
édifice tertiaire peut se réinventer en un microcosme urbain redonné au bien commun.

Ort
Genf
Semester
2026 Printemps
Module
JMA-GE TRAVAIL DE MASTER SP 2026
Stakeholders
  • Baptiste Wälti - Student
  • Alberto Figuccio - Enseignant responsable
  • Philippe Bonhôte - Expert interne
  • Thierry Buache - Expert externe