
Sur les hauteurs de Morges, à la frontière entre ville et vignoble, l’ensemble construit entre les années 1960 et 1980 selon le modèle vaudois du plan de quartier, vise à répondre à la forte croissance démographique, conséquence de la proximité de l’agglomération lausannoise, s’inscrivant en marge du développement de l’autoroute Lausanne-Genève. Combinant fonctionnalisme, volonté de “faire ensemble“ et équipements collectifs, le quartier se positionne comme un exemple typique de la production de logements des “Trente Glorieuses”. La qualité du quartier tient à la fois à la cohérence de l’ensemble urbain qu’à la générosité des espaces ouverts, aux hauteurs bâties, aux vues dégagées et aux transparences paysagères.
Comme de nombreux ensembles de logements de cette époque, le quartier est confronté à une succession d’interventions localisées menées sans vision d’ensemble altérant peu à peu son caractère architectural d’origine. Le phénomène est amplifié par le nombre élevé de propriétaires et une approche en premier lieu économique dans l’assainissement énergétique des bâtiments. Le quartier encore peu reconnu et documenté pour ses qualités architecturales et urbanistiques, appelle à une réflexion approfondie sur son devenir et les moyens de garantir sa sauvegarde. L’ensemble offre un cadre propice à une réflexion renouvelée sur les usages et les modes d’habiter, invitant à dépasser la monofonctionnalité héritée des ensembles d’après-guerre.
À l’instar du bâti, appelé à évoluer afin de répondre aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux contemporains, l’espace extérieur nécessite une démarche cohérente pour son réaménagement, en adéquation avec les transformations du cadre bâti et de s’inscrire pleinement dans la dynamique d’une ville renouvelée. Dans cette perspective, la démarche de projet vise à reconsidérer le quartier dans son ensemble, à l’échelle urbaine, paysagère et architecturale, en proposant une vision globale susceptible de garantir à la fois sa préservation et d’orienter son évolution future.
Le projet propose une réflexion sur le strate du sol. Conçus selon une logique fonctionnaliste, les grands ensembles sont caractérisés par la présence d’importantes infrastructures dédiées à l’automobile, lesquelles constituent un potentiel significatif d’intensification urbaine « par le dessous ». Le projet s’inscrit ainsi dans un changement de paradigme, où la disparition progressive de la mobilité individuelle en milieu urbain libère un champ d’expérimentation propice à la redéfinition des usages et des relations entre le sol et le sous-sol. Dans un contexte de raréfaction foncière croissante sur l’arc lémanique, l’investissement des sous-sols des ensembles de logements apparaît comme une ressource stratégique. Géo-ressources, inertie thermique et espaces résiduels confèrent au sous-sol un fort potentiel de transformation et d’innovation. Ainsi, un nombre limité d’interventions structurantes – telles que l’ouverture ponctuelle des dalles, la création de nouveaux accès au sous-sol – permet d’amorcer un renouvellement du site. Les infrastructures existantes sont progressivement réinvesties par des fonctions communautaires destinées à répondre aux besoins contemporains du quartier. La robustesse constructive et la sérialité des structures des parkings constituent un potentiel majeur dans cette reconversion d’une infrastructure en support d’usages collectifs.
Les appartements des unités d’habitation présentent une qualité typologique et spatiale intéressante, répondant de manière toujours actuelle à un usage contemporain. Afin de conserver la cohérence d’ensemble ainsi que la qualité architecturale de ce patrimoine, le projet propose une stratégie de valorisation et préservation mettant en valeur les éléments identitaires du site et servant de guide pour des interventions futures sur les unités d’habitation.